Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

West Ham United, de la fierté à l'anglaise

Le britannique moyen est un énergumène stupéfiant, réputé pour ses thés à la tisane, ses accointances au pudding et pour son humour so typically british. Les anglais se pavoisent dans l'anticonformisme total: rouler à gauche, volants à droite, du lard à déjeuner et du houblon pour souper. So british, mais si agréable en temps de crise identitaire.

Dans le monde du football, les supporters anglais ont, eux aussi, ce quelque chose de largement enviable, cette qualité pourtant élémentaire, tout sauf triviale; une denrée que leurs vis-à-vis européens n'auront jamais: nous parlons ici de respect.

Quelques trophées et c'est tout

West Ham United est un club anglais parmi tant d'autres, noyé dans le masse des équipes professionnelles de Londres. Quelques trophées ici (FA Cup en 1964, 1975, 1980), quelques légendes là (Bobby Moore, Sir Trevor Brooking). Un bilan peut-être frugal, mais apprécié dans une candeur glorieuse chez les Hammers, ou quand le bonheur se lit dans son plus simple appareil. 

Samedi dernier, dans la mythique fondation d'Upton Park, l'heure était à la réception de Nottingham Forest, autre légende déchue du pays. West Ham représente l'image d'Epinal des clubs anglais: quartier obscur; supporters happés par la vie; le football comme seul exutoire à une existence rugueuse, le chômage, l'insécurité, la déchéance; une vie où l'on se saigne pour se rendre, même sporadiquement, à Upton Park.

West Ham two; Forest one

Les quelques exemples de l'atavisme à l'anglaise ne manquent pas. On applaudit l'adversaire lorsqu'il accomplit un geste beau, pour la beauté du geste. On réserve des standing ovations aux anciens joueurs du club, pour services rendus (en l'occurrence Marlon Harewood). Les voitures des dirigeants du club -- de modestes Bentley -- sont parquées devant le stade, accessibles à chaque visiteur pour une photo souvenir, comme s'il fallait se rapprocher d'une base fidèle et dispendieuse. Toujours devant le stade, de vétustes mémoriaux funéraires sont posés, très officiellement, en honneur des plus fidèles supporters, ces Hammers disparus, dévoués pour l'éternité, eux qui ne rêvent de cercueil que s'il peut être entreposé devant Upton Park.

A la fin, West Ham United a battu Nottingham Forest (2-1). A tue-tête, ça a braillé I'm Forever Blowing Bubbles, l'hymne qui porte le club aux nuesDans les travées, les 35,000 fans ont hurlé We Are Top of The League,pour savourer la prise du pouvoir en Championship, une première place synonyme de promotion directe en Premiership, sans passer par la case des playoffs.

Et la qualité du match dans tout ça? On ne retiendra que les trois points, comme dirait l'autre. La partie s'est engoncée dans une pléiade d'errances techniques, le kick and rush commandité par le manager Big Sam Allardyce n'était que confusion et approximation. Il aura fallu deux penalties transformés par Mark Noble pour cimenter une victoire certes étriquée, mais finalement logique. Trois points qui propulsent les Hammers au sommet de la hiérarchie, en attendant l'un des derbies les plus chauds de la planète, lundi prochain face à Millwall.

Certainement que pour cet affrontement-là, haineux et belliqueux, le mot respect prendra une toute autre tournure, bien loin des affinités offertes par Nottingham Forest.