Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Las Vegas, sa luxure. Et ses alentours

De San Diego jusqu'à Las Vegas, pas mal de bornes, disons 500, soit six heures de route à travers le désert du Mojave, son aridité et son paysage platement accoutumant.

Las Vegas, c'est aussi un sobriquet qui annonce bien des exactions: Sin City (la ville du péché). Tout ce qui est à Vegas reste à Vegas, l'aphorisme le plus populaire aux USA, surtout pour les enterrements de vie de jeune célibataire. Pour y arriver, on enjambe quelques lieux géographiquement uniques, communément rigolards, à la limite de l'incroyable: Rasor Street, Ghost Town Street ou encore l'improbable Zzyzx Road qui vaut son pesant de points au Scrabble. Donc oui, l'assemblage des lettres de queue d'alphabète existe bel et bien dans le désert du Mojave, Zzyxz pourquoi pas, à quelques encolures du vide et du néant, planté au milieu de rien, on peut bien s'improviser quelque exotisme.

Et puis l'arrivée à Las Vegas. Le faramineux. Le décadent. Ses improbables palais, somptueux, démesurés. Pour l'histoire, nous logerons au célèbre Caesars Palace. Chambre 5471. Vue sur la piscine, gigantesque fresque anachronique qui ressemble à s'y méprendre, fidèle représentation, à l'époque du bon Jules. Pour y parvenir, à notre chambre, on déambule dans un palais énorme, entre restaurants, bars, salons de thé et de beauté, boutiques de luxe, Starbucks, salle de sport et évidemment, les innombrables casinos. Partout, une décoration fidèle, on reproduit la beauté romaine, des corps musclés sur des statues d'éphèbe, quelques représentations de la Naissance de Vénus de Botticelli pour occuper les visiteurs curieux, moches ou beaux. Apollon scintille de mille feux, dans une ville qui l'est toute autant.

Sur le Strip de Las Vegas, les hôtels de luxe se bousculent. Avec leurs lots de prodigieuses prodigalités: un véritable Grand-Huit sur le toit du New York New York (14$ par personne), les fontaines dansantes du Bellagio, le phare du Sphinx, le combat du boxe au MGM (Paquiao-Marquez, 26 millions de dollars de cachet par boxeur, quand même), le show lumineux de Fremont Street, la luxuriance des boutiques Gucci, Louis Vuitton, on s'arrêtera là.

Ensuite, le moment suprême, celui de voyager, en hélicoptère, au-dessus du prodigieux Grand-Canyon. Un trajet hallucinant, un voyage le long du Colorado River qui ne s'écrit pas, qui se vit, du fond de ses propres entrailles, le tout en compagnie des sublimes couleurs mordorées du canyon mythique, creusé par des millions d'années d'écoulements.

L'Arizona. Son Grand Canyon. Las Vegas. Autant de monuments mythiques, crées par l'usure du temps ou par la sueur de l'homme. Deux mondes parallèles, deux oxymores, des merveilles qui composent notre monde, deux enchevêtrements qui se côtoient, à un saut d'hélicoptère.