Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Ad:tech London: les lois de la connaissance

Le salon de l'excellence.  Ici suinte l'immaculé, les pontes du marketing s'y baladent cahin-caha, parfaitement intelligibles, autant dans la posture que dans l'apparence. L'esplanade est brutalement claire, la population essaime: piétinements dans les travées de la conférence, bondissements des stands des exposants, coup de fil, discussion, interaction.

Le marketing, ça renvoie à une certaine prestance, surtout dans La City de Londres, surtout ici, à la Conférence ad:tech, lieu de connivence où 600 experts, qu'ils soient Marketing Directors, CMO's, DM Managers, SEO Specialists, CPC Analysts ou Regional Directors, se dandinent fièrement, toujours un exploit à narrer, l'histoire fantastique, telle réussite à fanfaronner à un parterre de sous-fifres attendris par tant de gloire.

Des corporations FT500 à la start-up locale

Toute la meute s'y rend, au ad:tech. Des corporations globalisées et membres du FT500 aux start-ups clinquantes, ces spin-off qui promettent monts et merveilles aux investisseurs naïfs, beaucoup d'oseille avant tout, tous ont cette allure récurrente: l'ostentatoire, le m'as-tu-vu, des rastaquouères qu'on vous dit.

En bon dignitaire, je me balade dans les travées, à la recherche du concept ultime, la bonne trouvaille, celle qui ravivera la flamme de mes supérieurs. Et là, bien au-delà du contenu, le choc visuel: tout le monde est beau. Les cadres sont dynamiques, jeunes, tirés aux quatre épingles, la chemise est cintrée, la chevelure idoine; aux dernières tendances vestimentaires s'affublent les lunettes Ray-Ban. Chez les femmes, les talons aiguilles aiguisent le sol marbré, les tailleurs sont complets, trois pièces chantre, sur mesure bien sûr, élégance, raffinement, bien-être, la classe made in London. Et chez tout le petit monde de l'ad:tech, le point commun glamour: l'embonpoint n'existe pas.  Tout le monde il est beau, qu'on vous dit.

Tapoter sur son Smartphone. Joueotter sur sa tablette.

Je navigue entre les stands, prends place aux conférences dispensées par les plus éminents spécialistes. Et là, la confirmation: pour être branché, il faut se connecter. Tapoter sur son Smartphone. Joueotter sur sa tablette. Consulter ses mails sur son laptop. Mais aussi distribuer ses cartes de visite à tout-va, vieil ustensile indétrônable, un modeste rectangle en bristol sur lequel tout est dévoilé, adresse mail, Twitter, LinkedIn, Facebook, portable, code QR et autre redondance futile, même cette adresse postale qu'on utilisait jadis car désormais, tout est dans le cloud.

Dans le salon de la connaissance, dans cette exposition un brin feutrée, il existe une denrée qui ne s'acquiert pas encore à la grâce du porte-monnaie, l'expérience. Souvent, les bénéficiaires de la sacro-sainte expérience sont l'égérie du patriarche souverain, des quinquas lissés, conférenciers idéals, la prestance est parfaite, la connaissance impeccable d’un domaine de niche. Sur l'homme expérimenté, la tonsure est courte, poivre-sel si possible, le parfait mélange dont chaque vêtement, rouge, bleu, vert ou noir ne peut s'offusquer. Chacun de ces quinquas pimpants en dégage, gloire aux vertus de la connaissance.

En écrivant ces lignes, je me constate à contre-courant des phénomènes de cet ad:tech londonien. Non pas parce que je m'y perds dans les méandres spécifiques du marketing direct, bien au contraire. Non pas parce que je n'y vois pas clair, ô que non. Simplement parce que j'écris ces quelques lignes avec un modeste stylo.