Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

L’ame bleuie

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On voit la vie en rose.

Sur ses photos Instagram, on impose des filtres magenta, teint hâlé devant, héhé vive les vacances.

On part en week-end avec les copains, on en fait voir des toutes les couleurs (à son foie, porte-monnaie, ses heures de sommeil), toutes les boissons y passent: Guinness noire, vin rouge, bleu Curaçao, mauve Jägermeister, vert perroquet, jus d’orange pour mélanger, non pas pour déjeuner.

Pour manger aussi, c’est le M jaunisse du McDo en rentrant de disco, le brun du kebab avant la sortie — toujours on évite le vert des légumes.

Pour s’en aller, on a obtenu le blanc-seing du partenaire, on peut se lâcher, personne ne verra rouge c'est promis, on ne sera pas traité d'âne gris avec sa tenue rose bonbon, le lendemain matin à écumer blanc comme un linge: tout ça c’est un peu une orange mécanique.

Guinness noire, vin rouge, bleu Curaçao, mauve Jägermeister, vert perroquet, jus d’orange pour mélanger, non pas pour déjeuner.



Pendant le weekend, on publie ainsi des photos joviales, montrer sa joie urbi et orbi, extra muros.

On veut montrer le beau: #ExtraBleuCiel comme descriptif.

Alors qu’au fond, derrière tout ça, le train train, c’est d’une toute autre couleur: c’est le blues.

Oui, le blues.

Loin de soi la vie en rose.

La larme est à l’œil ce qui la solitude est au cœur: potence, pittance. Le bleu est ce symbole de vérité, comme l'eau limpide qui ne peut rien cacher. Un cache-misère en guise de trompe l’œil.

Finies, les couleurs pastels. Le bleu Curaçao n'est plus que grisaille, le vin rouge n'est que macéré, les pastis devient noirceur; ce sont les pensées qu'on remue, non plus le contenu du verre.

Avide du vide, loin des yeux loin du cœur, tout fout le camp, surtout ses ardeurs. On entend mais on n'écoute plus. Ni ses proches, pas plus que son cœur, lui-même qui balbutie insanités, mais pourquoi diable continuer?

Le bleu Curaçao n'est plus que grisaille, le vin rouge n'est que macéré, les pastis devient noirceur; ce sont les pensées qu'on remue, non plus le contenu du verre.



On essaie de le cacher, aux siens. De dissimuler l'état à ses proches; ceux-là même dont on a envie d'avoir à côté de soi, là, maintenant tout de suite, alors qu'ils sont si loins. On les voit peut-être au quotidien, rarement n'ose-t-on leur dire je t’aime de vive voix; on préfère remplacer la parole brute par un emoji flûte, au saut du lit, par message c'est si simple. Par oral pourtant, rien ne sort.

Pensées obscènes et obsessive, parfois lascives à défaut d’être réfléchies.

On s’égare.

Loin de soi les couleurs.

Celles des fêtes sont si lointaines, éparses, bigarrées, elles ne sont que la façade du mal-être.

On broie du noir.

On veut voir le vie en rose, finalement on broie du noir.