Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Odeur de santé, de sainteté

Le Centre hospitalier universitaire vaudois, le CHUV.

Quel bourdonnement.

Son hall d’entrée.

On y croise patients, malades et grabataires; électriciens et artisans du service de maintenance. Ceux qui entretiennent le bâtiment, ses 1,568 lits. Ceux qui entretiennent les morts, les 73,000 urgences traitées chaque année.

Vers la réception, entre l’ascenseur et le salon de coiffure, entre la BCV et la cafétéria, un homme sifflote La ballade nord irlandaise, version Renaud. Ce titre eût dû être un hymne pour un pays de guerre, nous sommes bien au CHUV, à moins que l’hôpital universitaire lausannois ne soit, in fine, qu’un lieu de combat perpétuel: celui des patients.

L’hôpital, zone de guerre.

Ou havre de paix.

On y annonce naissances, joies. On y annonce maladies, peines.

On y pleure de tristesse.

Ou de joie.

En déambulant quelque part entre les 23,53 ha d’espaces verts, sur certaines fenêtres de chambres: des autocollants. Des animaux souriants, colorés et bigarrés, comme pour embellir la journée de ces enfants qu’on devine à l’intérieur, des maladies peut-être incurables, emplâtre visuel et placebo sur jambe de bois.

L’hôpital, zone de guerre ou havre de paix. On y annonce naissances, joies; on y annonce maladies, peines. On y pleure de tristesse, ou de joie.


Sous d’autres fenêtres, rideaux tirés et stores descendus, on devine des âmes plus âgées, alitées, sur leur lit de mort, la famille qui passe une dernière fois, qui pousse le portique qui sait, pour la dernière fois.

À la cafétéria les prix sont bons marchés, trop cher c’eût été mettre du sel sur la plaie, celle d’être là, déjà, car le CHUV, c’est aussi l’odeur.

L’odeur de l’hôpital.

Celle qu’on supporte. Ou pas.

L’odeur de santé, ou de sainteté.

Et puis on continue à déambuler, tout heureux de se rappeler que finalement, un tendon d’Achille douloureux, une piqûre de cortisone plus loin ce n’est rien, par rapport aux patients qui patientent ici, toute l’année durant.

Et on repart en ballade, on sifflote, on savoure la vie, la santé surtout, “profite de ce que tu as, jeune homme, avant que la vie ne t’apprenne à aimer ce que tu avais”, le plaisir de bientôt revoir ses enfants, ses parents. En santé.