Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

On fait la paix?

C'est comme dans la cour de récréation, les gamins font "pouce !", lèvent ce doigt pour quémander une pause.

C'est comme la mi-temps d'un match de foot: on s'arrête 15 pour souffler.

Au milieu de la journée, on s'arrête un temps, pour ruper une morce.

Au mitan des années 90, on s'arrêtait au bug de l’an 2000. 

Au milieu d'un vol lointain, on fait une escale, on fait le plein et ça repart.

En Syrie, dans les cours d’école les enfants ne font pas "pouce!", mais des doigts d’honneur, aux aviateurs.


Au milieu d'une réunion trop longue, on fait une petite pause "bio", départ au petit coin pour un long pipi.

Au milieu d'un repas trop copieux, on s'offre le "coup du milieu", un tord-boyau et ça repart.

Que ce soit pour respirer, récupérer ou se ressourcer - l’Homme est en droit de s'accorder une pause.

Alors certains se disent, et pourquoi pas à la guerre?

Les grands de ce monde décrètent une pause.

Oui, une pause.

Une trêve, plus exactement.

Un moment de répit.

Pendant un petit moment, on arrête de tuer.

Faire une pause pendant la guerre. Une pause qu’on ne respecte même pas. Existe-t-il quelque chose de plus fainéant ?


On arrête non pas pour booster son corps ni contre la fatigue. Ce n’est jamais pour remplir sa panse ni pour vider sa vessie.  Encore moins est-ce pour digérer de Gargantua. Ni pour soulager ses besoins.

On arrête juste de désosser des enfants.

De mutiler des corps et d’annihiler des familles entières.

D’éradiquer des populations.

De tuer.

Quelques heures par jour, les diables-décideurs redeviennent un tant soit peu humains: ils ordonnent la trêve.  

Et arrêtent de donner la mort.

Ils donnent le droit aux populations de vivre.

A Ghouta, les gâchettes des mitraillettes mettent le holà: juste un petit moment on cesse de (se) fusiller.

En Syrie, dans les cours d’école les enfants ne font pas "pouce!", mais des doigts d’honneur, aux aviateurs. Ils prient juste que les pouces des pilotes fassent "pouce!" eux aussi. 

Au moins un petit moment, quelques heures parfois.

Les pilotes des bombardiers, les grenadiers, les bourreaux et balanciers ont enfin leur pause à eux, ils peuvent boire le café, aller faire pipi, souffler un peu.

Tout ça en attendant de refaire passer le souffle des bombes sur les populations déjà décimées.

Faire une pause pendant la guerre. 

Une pause qu’on ne respecte même pas.

Existe-t-il quelque chose de plus fainéant?

 

La guerre, on ne s'arrête jamais