Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Martina, ni, ni.

Martina.

Martina, ni, ni.

Martina, elle n’est ni, ni.

Ni.

Ni.

Ni terriblement jolie. Ni quoi que ce soit quelconque.

Elle ne fait ni l’unanimité, ni l’indifférence.

Ni la pluie, ni le beau temps.

On l’adore pour son sourire parfait, éternel. On peut l’abhorrer depuis ses mimiques de jadis, prépubères dans le pré-carré parisien, contre la très carrée Steffi Graf.

Mais son sourire...

Ses yeux mascarpone...

Martina.

On craque.

Ses jambes, fines, longues, musclées voire voûtées.

Son regard fin qui en dit long, espiègle, pernicieux voire perfide.

Oui, nous les hommes on l’adore parce qu’elle est bonne.

Oui, on l’avoue*.

Martina, elle nous a offert 25 titres en Grand Chelem, toutes compétitions confondues.

Elle, qui ose titiller Steffi Graf?  Et alors?

Elle, coincée pour dopage?  De la poudre aux yeux.

Elle, accusée d’avoir battu son mari?  Haut les mains.

Martina, ni reine de Saba, ni déesse des ténèbres.

Ô Martina.

On n'envie ni son manège, ni son harem remugle, elle qui galope de par le monde, tient les rênes du couple, fait du foin pour un rien, elle doit souvent monter sur ses grands chevaux. Mais qu'est-ce qu'on l'aime.


Martina, elle sait gagner seule (5 titres du Grand Chelem). Mais très vite comprit-elle qu'ailleurs, plus bestial, plus tribal se cachait des êtres plus forts ; donc elle assimile : tout seul l'on peut aller vite, ensemble on ira loin. Elle délaisse sa carrière solo, passe au partenariat sportif vertigineux, exotique (des titres mixtes avec Leander Paes par ici, d’autres doubles avec Sania Mirza par là, finit avec Chan Yung-jan là-bas), elle enchaîne les échecs persos, les plans-cul douteux, toyboys ici, une bribe par-là, elle passe du bobo bourgeois (Andreas Bieri, 6 mois suffisent à sa peine), au centaure Sol Campbell (quelques semaines à peine) de l'avocat véreux au golfeur ténébreux (Sergio Garcia), elle change de mec comme de chemises (Thibault Hutin), elle n'est ni bien là, ni mal ici - elle n'est ni ni Martina, elle n'est ni complaisante ni chétive, elle polémique, fait la nique là, ni ni, Martina.

Non, nous les hommes, on n’envie ni son pognon, tant elle semble détestable en ménage. On n'envie ni son manège, ni son harem remugle, elle qui galope de par le monde, tient les rênes du couple, fait du foin pour un rien, elle doit souvent monter sur ses grands chevaux, à tel point qu’il n’est ni incompréhensible de la savoir seule, ni équivoque de la savoir pleutre.

Mais qu’est-ce qu’on l’aime.

Qu’est-ce qu’elle est bonne.

On la regrette retraitée.

*même à l'ère Weinstein on l'avoue

 

Martina, en Une des sports dans Le Matin Dimanche.  Et nous dans les étoiles.