Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Rockliché

C'est tellement typique que c’en est tripant.  C’est encore moins atypique que c’en est fripant : la photo d'un groupe de rock.

C’est un peu leur photo de famille.  

Sur le cliché c’est cliché, ils sont alignés comme des soldats, fiers comme des paons. Ils sont imbriqués les uns sur les autres, en quinconce agrégés, comme dans la vie, comme sur scène. 

Le groupe de rock et sa photo. 

Qui peut servir de pochette pour encourager les emplettes ; ou alors de cachette, quand 20 ans plus tard ses enfants en rigoleront de goguette, de cette pochette, on voudra alors prendre la poudre d’escampette.
 

Regarder le photographe, le fusiller du regard. Avant d'être mitraillé.


Mot d’ordre : ne pas sourire - ô grand jamais. Regarder l’appareil, au mieux faire une moue dédaigneuse, chafouine. Regarder le photographe, le fusiller du regard, avant d'être mitraillé. Sur scène on est accordé, pour le cliché on est en désaccord : on regarde dans le vide et parfois dans des directions opposées. 

Ensuite, on feint l'ignorance. On fait comme si. On fait comme si on n'aimait pas ça. On fait comme si on n'aimait pas ça, mais qu'on avait l'habitude.  On fait comme si on n'aimait pas ça, mais qu'on avait l'habitude d'improviser.  On fait comme si on n'aimait pas ça, mais qu'on avait l'habitude d'improviser sur scène comme pour la pose. 

Car au fond c’est ça, la photo de famille d’un groupe de rock : c'est du playback virtuel. On fait semblant.  On fait comme si. 

Décryptage.

Déjà, devant et la posture fière : la voix du groupe, le chanteur. C'est le bogosse ou la bombasse. Celui qui attire les midinettes ; celle qui attire les bobos. Celui qui fait tourner le groupe, celle qui fait tourner les têtes. 
 

Il attire les midinettes ; elle attire les bobos. Il fait tourner le groupe, elle fait tourner les têtes. 


A la droite, le guitariste. L'esthète, celui qui gratte les cordes et fait bruire le groupe. Sur scène il se tient à gauche du public, mais il est le bras droit. Celui qui centralise l'attention dans les répéts’; celui qui crée, celui qui fait progresser, il est le créatif, celui qui a le don.  Celui qui fait vivre, ou mourir le groupe. 

A gauche, le bassiste. C'est parfois le moins beau, le plus gros ; le moins jouissif et le moins expressif ; c’est le plus introverti, celui qui ne compte aucune groupie.  Il incarne au mieux son instrument : on le distingue à peine.  Il est à gauche du chanteur, pas toujours très adroit.

Derrière, le batteur.  Il est placé sur le cliché comme sur scène : derrière. De derrière, il dicte le tempo. C’est en dernier qu’il passe à l’interview. Il n’a jamais d’idée derrière la tête.  Sa tête est toute derrière sur la photo de famille, elle ne dépasse pas, pas franchement envie d'être là, le batteur, on dirait qu’il a le feu au derrière, il veut dégager. Il est souvent le moins bien sapé avec ses doigts tapés.

Sur scène, les groupes ne produisent pas les mêmes sons.

En photo, c'est toujours la même dégaine.

 

*j'ai été bassiste d'un groupe de rock :-)