Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Amour instantané

C'est dans la relation qu'on distingue le vrai du faux.

C'est sur Instagram qu'on reconnaît le vacancier du téméraire.

L'homme et ses pulsions. La femme et ses pulsions. 

Entre eux, par la force des années, des souvenirs éparses du temps passé, ah la belle époque, celle des amourettes juvéniles. 

15 ans plus tard: place au train-train quotidien.

On tombe dans la routine.

Sauf pour les bobos enchanteurs, ceux qui s'habillent sport chic, voiture classe, montre haut de gamme chapeau haut de forme, on garde la forme pour montrer sa ligne de vêtements voire son tour de taille - au-delà du poids des ans. 

Dès lors, très vite l'on est un quadra.
 

On garde la forme pour montrer sa ligne de vêtements voire son tour de taille - au-delà du poids des ans.


Il y a le mâle. Alpha. Aujourd'hui la quarantaine, c'est à contre-cœur qu'il jouit, à contre-temps qu'il divague; a contre-pied qu'il va à gauche; à contre-courant qu'il alterne les conquêtes; a contre-jour son couple semblante: c'est pourtant tout contre sa femme qu'il lui jure son amour.

Sur Instagram, pareil. Instantané. Une fois sorti de son train-train quotidien -- métro-boulot-dodo -- fini de s'endormir sur ses lauriers: on publie les photos à gogo et sans discontinuer. Pendant sa routine, celle du métro-boulot-dodo, soit 340 jours par an, c'est quelques clichés éparses, publiés aléatoirement.
 

C'est à contre-cœur qu'il jouit, à contre-temps qu'il divague; a contre-pied qu'il danse avec d'autres; à contre-courant qu'il alterne les conquêtes; a contre-jour son couple semblante: c'est pourtant tout contre sa femme qu'il jure son amour.


Mais une fois en vacances on déballe.

Instantanément.

La photo depuis sa place dans l'avion, au-dessus des nuages l'aile qui scinde le soleil couchant: cliché. Une fois arrivé dans son paradis, le premier palmier pris en flagrant délit: cliché. Son premier repas, celui qui nous fait tant saliver qu'on ne peut s'empêcher de le photographier: cliché. Le premier grain de sable, les pieds en éventail sur une chaise longue: cliché. Cocktail cliché. Clic-clac vive les vacances, 20 jours loin du métro-boulot-dodo. 

L'amourette mâle.

Et Instagram.

340 jours par année on s'emmerde.

Le reste on déballe.