Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Antisèche

On peut tricher de tout et avec n'importe qui. Qui plus est, sur n'importe quoi.

On peut tricher à son test d'histoire, gribouiller sur sa main la date de l'entrée du Canton de Zoug dans la Confédération. De toute manière c'est sans importance car inutile, deux clics sur Google suffisent à diminuer sa peine d’ignare.

Au théâtre on peut tricher que personne ne remarquerait, car si son cerveau a perdu le fil de l'histoire, son sens inné de l'improvisation permet, inopinée conception, de rattraper l'opprobre du "blanc". De toute manière c'est sans importance, personne ne connaît la suite, une erreur est si vite compensée - par exemple en racontant des histoires.

On peut tricher sur son conjoint, fricoter à gauche ou à droite, maladroitement ou pas, être gauche avec son ladyboy, son toy boy ou son b-boy. De toute manière c'est sans importance, madame ne saura jamais - nous utilisons ici le féminin, car les on-dit le disent, il paraît que ce sont les hommes qui trichent le plus sur leur femme.
 

Aux cartes, au pire on finit sec, car qui dit taper le carton dit coup de rouge.


On peut tricher au poker comme à n'importe quel jeu de cartes, le chibre pourquoi pas. Comme le dit Albert Camus: "si on ne peut plus tricher avec ses amis, ce n’est plus la peine de jouer aux cartes". Aux cartes à l'instar des cours, pas besoin d'antisèche. Au pire on finit sec, car qui dit taper le carton dit coup de rouge.

On peut tricher sur son âge, chirurgie m'as-tu vu, voir son grand nez devenir petit, petits seins deviennent gros, gros ventre n'est plus que maigre, maigre consolation, son porte-monnaie ne prend plus de gros coup - même la chirurgie se met au low-cost. De toute manière avec un anneau on fond, au fond c'est si facile, plus besoin d'effort mental surhumain, on y va au coupe-faim, scalpel ou cutter, Laurent Ournac m'as-tu vu. 
 

Grand nez devient petit, petits seins deviennent gros, gros ventre n'est plus que maigre, maigre consolation: le lowcost évite les grosses dépenses.


On peut tricher dans le sport. Laisser son adversaire nous ridiculiser, balbutier son jeu c'est si facile - pour gagner parfois faut cravacher. De toute manière c'est sans importance, on peut gagner davantage d'argent en perdant au premier tour d'un tournoi de tennis de seconde zone qu'en se hissant au 4e tour de l'Open d'Australie. "C'est même pire que de tuer quelqu'un" aurait dit Goran Ivanisevic.

On peut tricher en cachant la vérité à son chef, histoire de dédramatiser une histoire qui n'en est pas une, du moins de son point de vue - même sans imaginer les effets collatéraux, l'effet papillon.

On peut tricher sur tout, oui, mais pas avec n'importe qui, non. Surtout pas avec soi-même. Surtout pas avec sa conscience. Qui ne le supporte pas.