Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Le survol

Ceci est une modeste tentative, à l'exercice d'écriture (4c) proposé par John Gardner.


 

Je survole.

Plus bas tout est à la fois laid car trop petit vu d'ici; d’ici tout est si petit car rien ne peut être grand; de grand il n'existe que les chaînes montagneuses, que je survole totalement déployé.

Néanmoins apparaissent des vaguelettes en contrebas, frotti-frotta et tenues, cahin-caha et menues, au fur et à mesure de ma descente vertigineuse elles grossissent, elles se forgent par un air du sud qui envoie des brumes salées, qui pousse les voiliers, qui décoiffe les passantes, qui amène les vents pluvieux, qui soulève les jupes trop courtes, qui décoiffe les cheveux longs et qui ma foi, me force à dévier ma trajectoire.

PLUS BAS TOUT EST À LA FOIS LAID CAR TROP PETIT VU D'ICI, D’ICI TOUT EST SI PETIT CAR RIEN NE PEUT ÊTRE GRAND.
 

Toutes ces vues remontent jusqu'ici-haut, un haut-le-cœur me remonte lorsque je m'égaye devant le monde qui s'agite à mes pieds.

De là où je suis, si haut, le lac est immense, translucide, au fur et à mesure de ma chute sa taille augmente, décuple de proportion, la mare est nimbée par ces collines abruptes mais pas trop, des piques qui sortent du sol mais pas trop, on pourrait croire que les vagues horizontales et aquatiques ont viré de 90 degrés pour se retrouver à la verticale: ce sont dès lors des montagnes qui scandent le ciel.

De là-haut on voit tout. Les haut-le-coeur nous égayent parfois, à la vue de tout.

Je vois pas mal de bateaux. Beaucoup de gens. Quelques pédalos. Un château. Des coteaux. Des vignobles. Une poignée palaces. Quelques villages. Trois pays, en occurrence la Suisse, la France et l’Italie. Mais un seul lac, le Léman.

Au bord du lac, des gens sagement assis sur des bancs me lancent des miettes de pain voire des trognons de crotchon sec. Les gens descendent du débarcadère et de leur bateau, je les ausculte d’en-haut, je suis intouchable; avant qu'ils n'auscultent leur cuir chevelu, le touche ou le palpe, le voilà désormais terni de fiente, du guano leur recouvre le crâne. 

Parfois certains en pleurent.

Même s'ils disent que ça leur porte chance.