Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Dans le blanc des yeux

Gabi Huber est là, droite comme un i, les mains dans le dos, le costume droit, cintré, tout sauf bigorne; la bouche en cœur devant un parterre de journalistes; la main sur le cœur elle le jure: elle dira toute la vérité.

En face d'elle, la horde. Comme face à Geri Muller.

Traduction: Gabi Huber ne va rien dire

Ils sont là, debout, arc-boutés vers l'arrière, aspirés aux abysses, droit dans le mur, comme aimantés hors du cadre. Ils font volte-face.

Le premier, oeil incrédule, tient le micro du bout des doigts, le plus loin possible de madame son opinante, mais lui tendrait-il l'hostie?

Volte-face! Par le doigt (le premier); la bouche (la seconde); le regard (en troisième)

 

La seconde a la bouche pincée, "révulsée!" semble clamer cet air de moue furieuse.

Le troisième cambre la tête, regarde par en bas, presque de coin, l'air de dire: "mais qu’est-ce que tu racontes?"

Justement, Gabi ne dit rien. La légende de la photo confirme: "elle commente la décision de ne pas prendre position".

Les journalistes semblent vouloir l'éviter à tout prix. Être le plus loin possible d'elle. Est-elle seulement contagieuse? Si elle est là pour confirmer ne rien vouloir dire, les journalistes, eux, sont là pour l'entendre confirmer le néant, le vide, des non-dits ou des dit-on subliminaux.

Dans le blanc des yeux, avant le syndrome?

 

Son discours sera dénué de tout.

Vide de sens.

Immaculé de blanc.

Le blanc, donc.

Peut-être ces journalistes craignent-ils le syndrome de la page blanche?

Gabi n'a certainement pas dit son dernier mot; les journalistes ont-ils peur d’avoir écrit leur dernier?