Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Buda, in petto

Il ne fait ni chaud, ni beau. Il fait, tout simplement. Février, la température est froide mais pas glaciale, le soleil brille mais pas trop.
 
Les bâtisses impérieuses inondent le ciel, elles le coupe sincèrement; ainsi éclairé de jaune, le Parlement magnifie l'air ambiant, et voilà qu'apparaît le Danube, lui-même sublime dans ses atours jaunies, enlacé par les merveilles architecturales que sont les ponts de la Liberté, des Chaînes et Elisabeth.

Pendant que les indigènes dorment les nettoyeurs nettoient et les coupeurs de kebabs coupent.


Les rues sont propres. Les murs sont noirs, certes, mais l'entretien de la ville se fait discrètement, on le constate pendant les heures profondes de la nuit, pendant que les indigènes dorment les nettoyeurs nettoient et les coupeurs de kebabs coupent -- eux c'est 24/24 --, pendant que quelques touristes avinés s'engloutissent dans les profondeurs de la nuit; des trappes à cul en veux-tu en voilà.
 
Sur place, la vie n'est pas chère. Deux francs la chope de bière locale. Même chose pour un kebab. La goulasch locale se trouve par intermittences seulement, ville globalisée obligé: il est beaucoup plus facile de s'étrangler sur un fast-food: à tous les coins de rue un Subway, Mcdo ou Burger King. 
 

 La goulasch locale se trouve par intermittences seulement, il est beaucoup plus facile de s'étrangler sur un fast-food: Subway, Mcdo ou Burger King. 


Il y a encore les thermes. Des sources d'eau chaude, réputées rédemptrices. Hammam, bassin chaud et froid. Le Hongrois ventru s'y prélasse des heures durant, on se croirait dans un film, l'image d'Epinal des bains thermaux dans des ruines anciennes. Linge blanc sur les cuisses qui cache l'opulence. Fumée grisâtre sur la ville qui cache une morosité qu'on peine à voir.
 
Les mendiants sont peu nombreux, mais ils dégagent une décadence terrible. En Suisse, les mendiants ne roulent même pas leurs clopes, ont des Nike aux pieds et une montre au poignet. A Budapest, ils sont ruinés, fauchés par la vie, n'ont rien; ils sont à genoux, leurs mains implorent quelques piécettes, ils sont édentés, en haillons, pieds-nus et l'écharpe trouée, ils n'ont rien, pas même un caddie à trimbaler. Ils sont déchéance, transpirent une mort qui n'attendra pas longtemps. Ils ne semblent qu'être une parenthèse de la ville, les badauds semblent à peine les apercevoir, loin des yeux loin de tout, même la main sur le cœur on les évite, comme si leur décadence pouvait se transmettre au simple touché. Ils paraissent si faibles, déchus de tout, ils ont à peine la force de rester debout mais quand même on craint de les approcher, et s'ils étaient violents?
 

On va a Buda, on enjambe le Danube pour être à Pest. Viktor Orban a beau vouloir passer à l'est, Budapest a tout de l'Occident.


Le Hongrois. Lui est sympathique, agréable et ouvert. Lui tirer un sourire n'est pas chose aisée, mais une fois la confiance installée, le partage est alors sincère. Au casino, le voisin de roulette discute, il ne parle pas anglais, nous on ne comprend rien au hongrois, mais on échange des regards complices lorsqu'on encaisse quelques forints. Il a la cinquantaine, la gueule de l'emploi, mâchoire carrée, posture intense, il doit bien chausser du 47 et faire ses 110 kilos; son sourire est parfait, radieux - si les hongrois excellent dans l'orthodontie, il en est l'incarnation. Son cheveu est dru et comme la météo il n'est ni ni, ni moche ni beau, il est juste là à nous mettre la pâtée à la roulette, un jeu qu'il semble maîtriser au vu de sa mimique lorsqu'on a mal placé nos quelques forints.
 
Budapest, on y débarque via easyJet pour trois fois rien, on s'extasie devant le Danube, ses châteaux, les bars dans les ruines, splendidement réaménages. On va a Buda, on enjambe le Danube pour être à Pest. Viktor Orban a beau vouloir passer à l'est, Budapest a tout de l'Occident.