Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Paris, le jour d'après

10 jours après l'innommable, le quotidien reprend la sienne, de routine. Ses us - les Galeries Lafayette abondent -; ses coutumes – des touristes, dans les travées du Louvre inondent -; le train Thalys déborde « pour la première fois depuis la tragédie du vendredi 13, le train est plein », nous raconte gaiement le contrôleur, un dénommé Thierry, accent vaudois bon vivant, lui comprend qu'être vivant vaut tout l'or du monde, bien davantage que celui dépensé aux Galeries Lafayette. 

La vie vaut tout l'or du monde, plus que celui de la Tour, celui de la Place Vendôme.


Ensuite Montmartre, Montparnasse, Matignon, mon œil: la peur tant attendue cède déjà aux visions plus joviales; le regard touristique est en éveil, il prend le dessus, regarde d'en-haut les douteux - ça fourmille.  Sur les Champs, on fait les soldes comme les moissons, on rafle tout, on récolte les points fidélité, semper fidelis lit-on paradoxalement sur les treillis militaires qui bordent la Concorde mais qui torpillent les passants du regard. Au Louvre c'est tous à la Joconde! Vive Mona Lisa! On sait qu'elle a été sujette des pires jalousies: un gars l'aurait volé en 1911 pour la cacher sous son lit pendant deux ans; Louis XIV l'aurait accroché à son mur avant que sa femme Marie-Thérèse d'Autriche lui ordonne, folle de jalousie, de l'ôter; les militaires en fusil-mitrailleur, gilet pare-balles et camouflés de la tête au pied se baladent à la même vitesse que les badauds, mais eux dissuadent cahin caha de tenter l’outrecuidance du vol de la Joconde.
 

Montmartre, Montparnasse, Matignon, mon œil. La peur on la regarde d'en-haut.


Passage Place Vendôme, chez Gucci, Prada. Chez Celio, Zara Champs Elysées. Partout il faut ouvrir son sac et montrer patte blanche, ouvrir sa veste pour montrer qu’on se balade sans explosifs à la ceinture – quelle idée? –, mais il faut se la fermer, adieu les complaintes, sinon c'est ouste, raus, pas d’entrée dans la boutique.

Et puis au bas de notre hôtel, quatre véhicules 4x4 de la gendarmerie sont sur le qui-vive, les moteurs tournent dans le vide, les SUV sont emplis de gendarmes cagoulés, à notre sortie jogging matinale ils sont là (06:15), le moteur tourne; après notre déjeuner ils sont toujours là (09:30), le pare-brise désormais débordant de boîtes-repas; à notre départ pour la Gare de Lyon ils sont toujours là (10:45), cette fois-ci allongés dans leurs sièges, décagoulés, à attendre les ordres, apparemment, le Sudoku sur les genoux, le smartphone dans la main, Hay Day ou Candy Crush. On a passé du qui-vive au repas à la sieste en l'espace de quasiment six cinq heures. Seule chose qui n'a pas tourné: la clé de contact. Le véhicule tourne dans le vide. Précision: les hommes sont là non pas pour déjouer des attentats, mais pour protéger la COP21. Celle qui doit lutter contre la pollution.

Oui, la ville de Paris va mieux. Quant à l’écologie de ce monde, cela attendra.