Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Geri Müller, les 1000 maux

Une photo vaut mille mots.

Cette photo Keystone équivaut aux mille maux de Geri Muller.

Geri Müller, et le regard des autres

Le maire de Baden est suspendu de ses fonctions, pour des selfies rédhibitoires, des instantanés pris tout nu et son sur lieu de travail.  Légalement, il n’est accusé de rien.  Mais au regard des autres, il est déjà coupable, par contumace.

La photo de Keystone le prouve merveilleusement.

On y voit Geri Müller, la posture lasse, les yeux baissés, la bouche qui fait ses excuses; le bras droit est ballant, crispé, tandis que le gauche semble tout heureux de pouvoir s'agripper non pas à un quelconque espoir, mais bien à une lanière de sac à dos tout ce qu'il y'a de plus soixante-huitard; les besicles rondes dissimulent un regard contenu, déjà honteux, alors même que le bougre n'est accusé de rien. Même si, à poil sur son selfie, son regard est probablement plus lubrique, sensuel, lascif.

Sur la photo, Müller est au premier plan ; dans la salle, il est en première ligne ; dans les deux cas, il est seul contre tous

Sur la photo, Müller est au premier plan; dans la salle, il est en première ligne; dans les deux cas, il est seul contre tous. Il est là, un peu à la manière d’un homme qui s’apprête à gagner le banc des accusés, ou alors debout face à son bourreau, prêt à accepter la sentence, qui ne sera aucunement clémente.

Derrière lui, la meute.

Derrière lui, les juges et parties. La meute. La junte. Qui ressemble à s'y méprendre à un juré. Qui a déjà asséné la peine capitale à un homme qui fait peine à voir.

Droit derrière lui, l’homme aux bras croisés. Teint mat, cheveux noirs, et ce regard qui l’est tout autant. Les bras croisés sur le torse composent la posture défensive par excellence, peut-être l’homme veut-il se protéger de Geri Müller, le maire de Baden est-il une maladie transmissible?

A la gauche de Müller, à hauteur de coude, un homme assis, bouche légèrement ouverte, regard en circonflexe, lui semble attendre des excuses.

Un homme tient un ordinateur portable, mais semble avant tout tenir Geri en grippe

Encore à sa gauche, un autre homme tient un ordinateur portable, mais semble avant tout tenir Geri en grippe; l'œil manifestement accusateur sous des montures noires, la bouche pincée, tst tst tst, semble-t-il siffloter, le magistrat va bien se faire pincer pour s'être mis à nu.

En face, la demoiselle blonde, les yeux sur révulsion, peut-être l’imagine-t-elle, horrifiée, nu en pleine procession, agrippant son portable pour se photographier parmi, quelle honte, quel blasphème, les jeunes le font sur Snapchat pas de problème, mais un adulte, un vieux, ô l’outrecuidance, t’imagine si c’est ton père, t'imagine la honte, le pire c'est qu'il n'a l’air de rien, ce magistrat Vert.

Geri Müller est seul, au devant de la scène, abandonné de tous. Hormis son parti, qui dit le soutenir, mais seulement à demi-mot. C'est toujours ça de mieux que mille maux.