Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Devinette: je suis, je suis...

Devant la machine à café, on parle de moi à intervalles réguliers. Plutôt régulièrement que l'inverse, d'ailleurs; et moins intensément que l'averse, heureusement.

Bon gré mal gré, mon humeur fait du bon, ou du mauvais blé.

En somme, je sépare le bon grain de l'ivraie. Les paysans me détestent.

Las, je sépare le bon grain de l'ivraie. Et les paysans me détestent.

Je suis la discussion passe-partout. Quand il s'agit de briser la glace entre gens mal à l'aise, j'excelle.

Quand on ne sait pas que dire, j’interviens, sempiternel sujet de remplissage.

Je suis d'ailleurs le sujet tout-sauf-tabou, carrément fourretout. À mon sujet on est unanime, lorsque j'enquiquine, tout le monde courbe l'échine et se met d'accord: ma bonne humeur est indispensable.

Quand on ne sait de quoi parler, on parle de moi. Je suis bouche-trou.

À moi tout seul, je détermine les activités des uns (vacanciers) et des autres (travailleurs)

Les travailleurs, justement. J'ai droit de regard sur leurs faits et gestes. Irrité, je les inconforte et les empêche d’œuvrer, j’ai même la capacité de les renvoyer, sans salaire. D’humeur joviale, ma puissance les pousse à suer à la tâche, les voilà qui deviennent plaintifs, sinon rôtissent sous le plomb qui m'anime.

Je suis le sujet tout-sauf-tabou, carrément fourretout; on me dit bouche-trou

Et puis les vacanciers. Lorsqu'ils ont la chance de l'être, en vacances, je les accompagne tantôt et ruinant leurs plans, tantôt en les éblouissant de rayons souriants. Dans le premier cas, ils extériorisent leur rancœur sur ma propre personne, tandis que je les oblige à rester à l'intérieur.

J'impacte, non sans gêne, les habitudes vestimentaires. D'humeur glaciale, tout le monde se rhabille illico. Chaud bouillant, les vestes tombent, la sudation monte me rejoindre, les gènes deviennent frivoles.

 Je fais la pluie et le beau temps, autant sur terre que dans l'esprit des gens.

 Je fais la pluie et le beau temps, autant sur terre que dans l'esprit des gens. Je suis...

Je suis la météo.

Mes disciples sont autant d’éléments à ma botte. Terre, eau, feu, air.

Quand la terre tremble, les hommes en font autant.

Quand l’homme essaie de prendre la mer, c’est bien la mer qui prend l’homme.

Quand le vent souffle, mêmes les cornes de bœufs n’y résistent guère.

Et quand vous n’avez pas de sujet de discussion à la machine à café, parler de moi vous aidera toujours à tirer les marrons du feu.

"Bon, on discute de quoi?"