Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Thomas Müller, antistar frappadingue

Thomas Muller. Dans un monde lustré par la gagne et par la beauté du geste, il est l'antithèse du gendre beau-gosse. À le voir, on le dirait plutôt ramasseur de balle, pousse-ballon jovial, tout juste celui qu'on placerait latéral gauche, le poste qu'on jugeait alors inutile sinon fourre-tout, jadis on y affublait ceux qui n'avait rien d'autre qu'un physique barbare, d'un point du vue endurance on s'entend, pas le bel homme esthète qu'on plaçait de préférence en numéro 10, au milieu de terrain et au milieu de tout, des filles, des sponsors et de tout ce qui ressemble, de près ou de loin, au succès.

Les chaussettes pas remontées, le look jamais renouvelé, pas de coupe de cheveux remodelée

Thomas Muller. Les chaussettes pas remontées, le look jamais renouvelé, pas de coupe de cheveux remodelée, il met les godasses qu'on lui donne; le style il s'en fout, au moins autant que ce que les gens pensent de lui. Ses buts, il les célèbre avec ses coéquipiers tandis que les vrais buteurs sont d’authentiques égoïstes qui font le tour du stade les pouces pointés vers le nom dans le dos du maillot, regardez-moi qui je suis chers spectateurs, ces buteurs-là ne félicitent jamais le passeur, même lorsqu'il a suffit de pousser le ballon au fond, le gardien battu et la cage vide.

Lui n'est sponsorisé par personne - un peu boring, le Thomas - mais ses sponsors seraient Lidl, BIC ou Easyjet.

Muller, lui, est l'anti-héros. Ses concurrents - Neymar Jr par exemple - marquent des buts splendides, coup-francs téméraires et frappes idoines; lui ne marque que des buts laids, de raccroc s'il en faut. Les attaquants bling bling sont sponsorisés par Gucci, Nike, Emirates, L'Oreal ou Samsung. Lui n'est sponsorisé par personne - un peu boring, le Thomas - mais ses sponsors seraient Lidl, BIC ou Easyjet.

Pendant que d'autres marquent et se recoiffent devant la caméra, lui ouvre la bouche et hurle, des dents bosselées, pour un style frappadingue. Merci Thomas, de nous rappeler que l'habit ne fait pas la star.