Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

L'instantanéité du cliché

Non, nous ne sommes pas tous égaux derrière la photo. 

Devant l'objectif, certains sont mal à l'aise. Ils paraissent maladroits. Ils trouvent l'idée d'être photographiés carrément malencontreuse, voire malvenue, ils semblent malheureux, jugent même l'exercice maléfique, comme c'est malchanceux d'être aussi peu photogénique.

Etre photographié, c'est l'art qui renvoie aux antagonismes du genre humain.

Car voilà, d'autres adorent. Ces extravertis-là, ils en redemandent, ils aiment prendre la pose. Tout poser pour sourire à tout donc à l'objectif, faire une pause immédiatement, souriez vous êtes filmés.

Eux pensent qu'il n'y a pas de mauvaises photos; mais que de mauvais sujets.

Les timides préfèrent donc le cliché instantané, sans avoir à forcer quoi que ce soit, ni à se forcer à regarder l'objectif. Pour eux, être pris sur le fait, instantanéité oblige, c'est plus naturel. Pourquoi pas en sautant, comme l'expliquait le mythique photographe Philippe Halsman, dans les colonnes du Temps: "Lorsque vous demandez à une personne de sauter, son attention est essentiellement portée sur l'action de sauter et le masque tombe, révélant la vraie personnalité

Vive la spontanéité.

A ceux-là, le célèbre "3-2-1, cheese" leur donne de l'urticaire. Les meilleurs clichés sont ceux volés, surprenants, Philippe Halsman l'a compris en nous faisant voler, la jumpologie comme révélateur de sourires authentiques, on dit que les stars s'y sont bousculées, dans son atelier, de Brigitte Bardot à Marilyne Monroe, de Richard Nixon à Fernandel.

En exécutant un saut, le sourire devient alors naturel, les traits des yeux sont parfaitement tirés, "On sourit mieux en mobilisant différents muscles du bas du visage: zygomatiques, coins de la bouche, mais pas seulement. Les muscles orbiculaires, entourant le coin de l’œil, témoignent du degré de sincérité de la personne. Alors plus les yeux se plissent, plus le sourire est vrai" parole de Sébastien Bohler, chercheur en psychologie et docteur en neurobiologie. 

Le sourire forcé, lui, laisse la peau des yeux raides et exactes. Soit toute la différence d'avec un sourire authentique.

D'ailleurs, sur une photo, pourquoi diable faut-il constamment sourire? Le forcer si possible. Le timide doit sortir de ses gongs, rire jaune, l'inverse donnerait l'impression que même les Jaunes rient d'impermanence, on se regarde dans le blanc des yeux, jamais de regard noir, quelle manque de ton cela donnerait au cliché.

Ayez donc de la complaisance pour les introvertis, prenez le cliché au saut, non pas du lit, mais dans l'expression naturelle, quelle que soit la position.  

Ne demandez pas à sourire béatement, prenez le cliché en instantané.

Une photo ne doit pas forcément vous sourire.  Bien au contraire.