Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Le maillot jaune

Aujourd’hui, inscrire un but et enlever son maillot, c’est carton illico; les joueurs rient jaune mais veulent broyer l'homme en noir. La Loi 12 de la FIFA a ainsi été amendée en 2004, sous la rubrique "conduite inconvenante". Son but? Eviter les messages à consonance politique, voire religieux: Libérez la Palestine [Frédéric Kanouté]; Dieu bénisse le Pape [Artur Boruc]. Car sous leurs petits maillots, certains joueurs aiment à soutenir de grandes causes.

Dans le foot comme dans la vie, donc, la majorité des gens bien intentionnés paie pour une minorité de joueurs impliqués. Dieu soit loué, ils ne sont que rares, mais leur engagement coûte cher à ce football en mal d'amour (simulations risibles), celui dont la cote dégringole (à quand l’arbitrage vidéo?), dont la popularité est en déliquescence (racisme).

L’amendement de cette satanée Loi 12 bannit le beau. Qui n'adore pas mater les pectoraux à Beckham et Zlatan; les abdominaux à Ronaldo ou Falcao. Laissez ces éphèbes se déshabiller. Laissez-les s'exhiber. Laissez-les se montrer. Au pire, ils amèneront des familles au stade. Et feront déguerpir les fanatiques avinés aux crânes rasés, eux qui détestent les mâles aux torses épilés.  Cette Loi 12 est d’autant plus obsolète qu’après le coup de sifflet final, les joueurs échangent leurs maillots, se dandinent à poil, ou affublés du célèbre J’appartiens à Jésus [I belong to Jesus] de Kaká. Autant de maillots retirés qui resteront impunis, ne sont-ils pas également de "conduite inconvenante", même après le coup de sifflet final?

Dans nos modestes contrées, dans notre foot régional, personne n’enlève son maillot. Peut-être sommes-nous tous athée? Ou alors carrément apolitiques?  Ou peut-être n’avons-nous simplement rien à montrer, si ce n’est un excès de poids. Finalement, cette loi est bonne, elle nous permet de ne pas être aussi ridicules qu’un règlement.