Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Fouad Rameche, le citadin au village

Fouad Rameche n'est pas Vaudois. Il adopte pourtant les us et coutumes locales, termine déjà ses phrases par ou bien - typiquement vaudois. Intentionnellement ou non, le Français a déjà adopté le canton, à moins que ce ne soit le canton de Vaud qui ait adopté Fouad Rameche.

Natif de Lyon, le voilà qui débarque en Suisse à 19 ans. L'espoir de décrocher un contrat quelconque, quelque part en Romandie, dans une zone géographiquement déterminée par Molière. "Avec mon père, nous avons envoyé quelques CV dans les zones francophones. Yverdon-Sport m'a rapidement fait une offre. Mais avant d'y évoluer, ils voulaient me voir à Champagne, le club qui était, en quelque sorte, sa réserve." Et là, le choc culturel. Surtout pour un gosse né à Lyon, citadin pure souche, habitué aux rues bondées, à l'excitation du fourmillement et au chaos urbain. S'il s'est immédiatement accoutumé à la tranquillité helvétique, les installations sportives, elles, le surprennent tout à fait: "A Champagne, les vaches se dandinaient au bord du terrain. Le terrain était pentu. Il n'y avait pas de filet sur les buts des terrains d'entraînement. Et il n'y avait pas d'éclairage. Pour moi, c'était presque un choc: on allait devoir jouer les dimanches!" Aujourd'hui, Fouad Rameche se marre en racontant l'anecdote, le sourire aux lèvres, toujours jovial Wonderfoo, wonderful sourire, Fouad la faconde, le personnage qui n'ennuie personne et qui ne s'ennuie jamais.

Villeurbane, Vaux-en-Velin. Et les rêves de l'OL.

Avant l'épopée Suisse, le livre de Fouad s'écrit en France, près de Lyon. Il évolue dans les meilleurs centres de formations de la région Rhône-Alpes, tergiverse entre l'AS Villeurbane et le FC Vaux-en-Velin. Il y parfait ses gammes, y affronte régulièrement les équipes de Saint-Étienne, de Valences, de Clermont-Foot et du grand Olympique Lyonnais.

Dans le football, l'axiome est sans équivoque: pour avoir sa chance, il faut être au bon endroit au bon moment. Mais surtout, il faut être bon, tout le temps. "Je suis allé faire un test aux M17 de l'Olympique Lyonnais. J'étais malade comme un chien, j'avais une terrible gastro, mais je me suis forcé à m'y rendre. Ça n'a pas marché" raconte-t-il sans le moindre regret en guise de nostalgie. "Mon père m'a appris les valeurs du respect. Même malade, je ne me suis pas dérobé devant cette épreuve lyonnaise." Le respect est d'ailleurs l'une de ses vertus, à Fouad. S'il gesticule sous ses airs détendu et débonnaire, le respect des anciens, le respect des politesses, le respect d'autrui et l'inclinaison devant le patriarche sont des obligations morales.

Devenu un solide pilier du club, il est l'un de ces anciens qui tient la baraque chanvannaise depuis 2006 - une éternité dans le football contemporain. C'est autour de son bras que se concrétise définitivement sa fidélité au club, lui qui orne logiquement le brassard de capitaine du FC Champvent lorsque les occasions se présentent.

Les souvenirs Lammouchia, Boughera

Le Vaudois d'adoption n'est d'ailleurs pas du genre à se morfondre en regrets. Et même s'il n'aura pas plus de chance lorsqu'une nouvelle aubaine se dérobe sous ses pieds déjà talentueux, la faute à un entraîneur un peu zélote: "Lors de ma première année de Coupe Gambardella [Coupe de France des jeunes], je tirais mon épingle du jeu alors que j'étais l'un des plus jeunes de mon équipe, à Vaux-en-Velin. Forcément, mon nom a commencé à circuler, et un recruteur de l'AS Monaco est venu jusqu'à Lyon en tant qu'observateur. Mon coach a été mis au courant et du coup, il m'a mis... sur le banc!" Ce recruteur monégasque ne reviendra évidemment jamais, les deuxièmes chances dans le monde du foot, c'est si rare.

Tournée, la page des M17 de Lyon.
Finies, les secondes chances.

De ces échecs, l'homme en sortira sans si, ni mais, ni excuses. La roue tourne. La vie continue. Avec le sourire transmissif de Fouad Rameche, image d'Epinal du pote qu'on aime avoir à ses côtés. "M'entraîner avec des joueurs de la trempe de Madjid Boughera ou Khaled Lammouchia, ça reste des souvenirs indélébiles. Le reste, finalement, importe peu. Et puis bon, puisque tu me le demandes, la seule chose que j'aurais aimé faire, c'est de partir en Angleterre pour jouer au foot, apprendre la langue anglaise et pour découvrir cette culture footballistique."

Franco-algérien, mais l'âme américaine

Un certain Fouad Ier était le premier roi d'Egypte. Fouad Rameche, lui, est le roi du spectacle. Il s'amourache des sports américains, NFL, NBA. Wonderfouad. "Mon amour pour les Los Angeles Lakers, ça a commencé en 1992 lors du All-Star Game. Magic Johnson avait épaté la galerie, non seulement par son talent, mais aussi pour sa joie de jouer. Mais il y'a aussi la Dream Team de 1992, à Barcelone. Ces joueurs étaient des monstres, des athlètes incroyables, et le spectacle qu'ils présentaient était hors-norme. Depuis, il y'a Kobe Bryant, le joueur qui aujourd'hui et à 34 ans, m'émerveille encore par son talent et sa constance." Oui, Fouad Rameche aime le spectacle, l'entertainement à l'américaine. A l'entraînement par exemple, personne n'est autant chambreur. Il sait fait rire l'auditoire. Il adore encenser les gestes spectaculaires, qu'ils soient siens ou à autrui. Et personne ne le bat à l'exercice saltimbanque des appuis-faciaux (peut-être en hommage à son père, un ancien boxeur). Il excelle également dans l'exercice des frappes lointaines, envoyer des missiles c'est son dada, en hommage à son papa, toujours: "les tirs de loin, mon père m'en parlait souvent, tout comme les gestes à Johan Cruyff, lui et son mythique numéro 14." Ce numéro 14, Fouad le porte depuis toujours à Champvent, que personne n'y touche, propriété exclusive, celui qui s'y frotte s'y pique. A Champvent, tout le monde repense à son but de 35 mètres contre Payerne pour accéder aux finales, voire à son but face à Stade-Lausanne Ouchy en Coupe Vaudoise, ou encore à sa faculté à viser là où il faut, du milieu de terrain par exemple, à l'occasion d'un Challenge Téléfoot made in Champvent.

Des débuts d'attaquants

Et avec le numéro 14 collé au dos, des envies d'épater son monde - à la Cruyff. "J'ai commencé le foot en évoluant comme attaquant, jusqu'à mes 15 ans environ. J'enfilais pas mal de buts en France, dont quelques-uns de très, très loin. A mon âge, si j'en réussis encore quelques-uns comme contre Payerne ou Stade-Lausanne, ce n'est plus de la chance!" rigole Foo, 31 printemps cette année.

L'intégration campagnarde

Comment Fouad le citadin, de parents Algériens, habitué à Lyon la cosmopolite, a-t-il su s'intégrer à Champvent, modeste bourgade villageoise, là où ça vote UDC, les indigènes qui fustigent en coin les étrangers qui débarquent? "Tout de suite, les gens m'ont bien accueilli ici.  Après Champagne de toute manière, je n'étais pas dépaysé, bien au contraire." Lui, musulman qui pratique le Ramadan avec assiduité, lorsqu'il entre à la buvette où ça suinte la saucisse, la bière et le blanc, il attire les regards. Déjà par sa taille (1m90), mais surtout par sa bonne humeur. Il est l'un des joueurs les plus appréciés par les supporters, le chouchou du public, tout le monde salue Fouad d'une poigne bien ferme, comme s'il était du coin, tandis que lui réplique, typiquement vaudois: "ça va ou bien?"

"Dès mon arrivée à Champagne en 2001, nous montons de 2e ligue en 2e ligue interrégionale. J'y joue trois saisons, fais des rencontres exceptionnelles dont celle d'Abraham Keita, devenu un très bon ami." En 2006, Jean-Daniel Tharin, le coach du FC Champvent réussit le coup de force en faisant signer Fouad Rameche et son compère Adrien Munos. Depuis, l'histoire d'amour se perpétue: "Depuis 2006 à Champvent, on ne fait que progresser. De la 3e ligue à la 2e ligue; les Finales de promotion l'année dernière; la victoire magnifique en Coupe Vaudoise en 2010." Le futur? "Pourquoi pas la 2e inter?" écarquille encore Fouad Rameche, le sourire en coin. Mais son âme de compétiteur le poussera jusqu'à rêver de promotion.  Ou bien?

Fouad Rameche arrive à Champvent en 2006, avec son pote Adrien Munos.  Ici un soir de promotion en 2e ligue.

Fouad Rameche.  Il serre la pince avec poigne, termine ses phrases par ou bien