Sacha Clément, journal de bord

Quelques aléas, vus d'ici et d'ailleurs

Sacha Clément, un journal de bord

Le livre suprême de la mort

Le livre de la vie est le livre suprême,
Qu'on ne peut ni fermer ni rouvrir à son choix;
Le passage attachant ne s'y lit pas deux fois,
Mais le feuillet fatal se tourne de lui-même;
On voudrait revenir à la page où l'on aime,
Et la page où l'on meurt est déjà sous vos doigts.

 Le poème de la mort, par Alphonse de Lamartine. 

Une éclaircie de mots couchés sur un thème sombre, celui de la mort. Une prose si belle pour un thème si laid.

Pendant le culte protestant qui célèbre la mort, l’organiste joue les notes de son instrument morbide. Des notes sombres. Des notes envoûtantes. Des notes qui font chavirer son âme. Ces notes sont graves, mais leur sentence l’est encore davantage, elles qui accompagnent les morts dans leur ultime voyage. 

La mort. 

Et sa célébration.

Assister au culte, c’est être témoin de la dernière prestation sur terre du défunt. Le cadavre est là, soigneusement mis en bière, enfermé dans une caisse de bois temporaire, avant d’être mis sous terre pour l’éternité. 

Pour la famille, voir ce cercueil trôner sous la chaire, c’est une dernière présence avec l’être cher. La dernière rencontre avant l'abandon total, la vie et les souvenirs qui défilent; désormais, le disparu ne sera plus que nostalgie.

Que ce soit celui d’un proche ou d’une connaissance lointaine, l’enterrement emplit de peine, de tristesse, d’incompréhension; mais pourquoi faut-il donc retirer du monde ces êtres lovés des uns ou des autres?

Pourquoi tant de déchirement au moment du deuil? Pourquoi tant de tristesse?

Le défunt ne quitte-t-il pas la terre pour un monde meilleur?

Il n’empêche, l’enterrement libère de la douleur. Il permet de faire le deuil.

Il tourne ainsi le feuillet fatal, la page humaine, le chapitre d’une vie. Ceux qui composent le livre suprême, prôné par le magnifique texte de Lamartine.

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Alphone de Lamartine. De son nom complet Alphonse Marie Louis de Prat de Lamartine. Poète, romancier, dramaturge, parolier et prosateur, homme politique donc homme publique. C’est lui-même qui proclamait la Deuxième République. Il est l'une des plus grandes figures du romantisme en France.