Uniforme(s)

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A la ville comme au boulot comme à la salle de sport comme au restau, la tenue. On soigne ses fringues ses fripes et donc son apparence, les habits qui nous mettent en valeur sont utilisés à bon escient : les poignées d’amour sont dissimulés sous des pulls trop larges, les hanches volumineuses sont varappées dans des robes larges et bigarrées – le noir ça amincit, il parait.

Sur Zalando chacun prend soin – shuuuut ! – de commander plusieurs tailles autour de ses habitudes, histoire de voir comment on peut s’enrôler au mieux au milieu de ce tissu qui nous sied tant, juste histoire de voir. Juste histoire de voir où-quand-quoi-comment : les formes sont-elles mieux sculptées en M ?, sont-elles moins visibles en XL ?, certainement qu’on ne gardera que le L habituel mais qui sait, allez on commande les trois, pour être sûr. Pour être sûr qu’en vacances, on aura la taille idoine, tip top – cahin-cahin on pense très vite à la voisine qui s’exhibe en S toute l’année, elle n’a pas de problème de L, elle, même en vacances elle est chill, qu’est-ce qu’on rêve de sa morphologie.


Les poignées d’amour sont dissimulés sous des pulls trop larges, les hanches volumineuses sont varappées dans des robes larges et bigarrées – le noir ça amincit, il parait.


Mais aussi voire surtout, la tenue permet de dissimuler. Ces attributs qu’on regrette tant et qu’on ne voudrait plus voir, au-delà de la cellulite de madame et de la bedaine de monsieur, très vite arrive le tatouage. Ce tatouage qu’on regrette tant – le tribal sur l’omoplate c’est tellement boomer ; le scorpion dans la nuque ça pique surtout lorsque les enfants demandent mais pourquoi tu as fait ça, papa ? ; le fanion de son club préféré sur le mollet alors qu’il a été repris par un fonds d’investissement et que désormais seuls les bourgeois peuvent se payer le billet de match en VIP ; le nom de son enfant inscrit dès la naissance en incurvé sur l’avant-bras droite alors qu’on a gauchement été trompé par madame et que depuis c’est la séparation – c’est même la guerre – et que malheureusement la gamine ressemble comme deux gouttes d’eau à maman, qu’est-ce que c’est dur de la voir dans le miroir dans les moments durs, surtout en pleine procédure de divorce, quand on ne sait plus si c’est maman ou Manon qui grimace devant soi et sur son bras. Le diable n’est pourtant pas dans le tatouage, c’est dans le choix.

Ensuite arrivent les vacances.

Les vacances.

Soit la tenue de plage.

Que mettre ? Le deux-pièces ? Le une pièce ? Le short ? Le caleçon de bain ? Quoi ?!, le camping oblige le slip ?, réalise alors Monsieur, la veille du départ.

Et là, paf, plus rien. Plus rien ne passe. Surtout inaperçu. Chaque défaut c’est cash, chaque écart c’est goal, on voit tout, surtout ce qu’on ne souhaite plus voir.

Le tatouage prend alors toute sa splendeur, le débardeur ne le dissimule plus, le col rond ne cache pas le scorpion, les manches-longues n’éclipsent plus Manon (ou maman) ; la cellulite c’est cuit, le bikini d’il y a cinq ans ne convient plus, on pense alors à la voisine en S, on se promet de faire l’effort de se lever à 05:00 à son tour, donc avant les enfants, donc avant monsieur et donc avant le boulot, on se promet une séance de spinning, le yoga – c’est donc ça le S, avant le L de la liberté.

Chez les adultes comme chez les enfants, à la plage, les formes débordent, mais on fait comme si de rien était, désormais on s’assume – S, M, L, XL peu importe maintenant on va devenir écolo et éviter Zalando et les commandes multi-tailles.

D’ici là, on se chuchote secrètement qu’à l’école, quelle que soit la taille, l’uniforme cachait les différences sociales.

Et que désormais à la piscine, on le regrette.

Crédit photo: Unsplash.


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